L'arbre et moi par Pascal 

Assis au pied d’un arbre, je regardais
Les branches bouger avec le vent,
Adossé au tronc le contact de mon dos  
Adouci par la mousse, ma tête sur le tronc.

Seul dans un petit bois pas loin de mon domicile
Je me laissais bercer par la bise soufflant dans les cimes
Je ne pensais à rien ou du moins je le croyais.
Je crus entendre une voix et je me retournais
je regardais autour de moi, personne.

Mes pensées repartirent de plus belle et j’imaginais
Tant de choses qui me feraient plaisir.
Tout se passait pour le mieux et mes rêves se réalisaient
Quand à nouveau j’entendis cette voix.

Ne cherche pas, c’est moi, l’arbre sur lequel tu t‘appuies,
je t’observe depuis un moment et ce n’est pas la première fois
Que tu viens, que fais-tu ici à rêver ?

Je me levai d’un bond, me tournai vers l’arbre.

Oui c’est moi, c’est bien moi. Vous les humains vous pensez
Que vous êtes les seuls à pouvoir communiquer.
Nous le faisons aussi mais pas de la même façon.
On utilise nos racines, ou les oiseaux ou encore les feuilles.
Le vent porte nos pensées jusqu’à l’autre bout de la terre.

Et de quoi parlez-vous entre vous, de la pluie, du vent,
Du bruit des machines dans les champs ?
J’eus un moment un peu honte de ma question.

Les nouvelles ne sont pas bonnes, la planète souffre.
La déforestation bat son plein, nos amis de toutes les forêts
Disparaissent par millions, par centaines de millions.
Ici c’est encore calme mais personne ne s’occupe de nous,
Notre petit bois n’est pas entretenu, nos branches pourrissent.

Le bruit du vent dans les cimes interrompit notre conversation.
L’arbre déposa un souffle sur mon épaule.
Je crus sentir le frémissement de la sève qui montait
Au sommet, aux branches les plus hautes.
Je ne suis pas certain mais je vis un visage.
Pas facile de rester lucide quand un arbre vous parle.
Des larmes coulaient de ses yeux, le bruit de l’eau
De la fontaine s’arrêta, ma respiration aussi.
Je ne sais pas combien de temps cela dura,

Je sais encore moins si c’est vraiment ce qui s’est passé.
Je sentis mon corps qui fondait et pénétrait la terre
Pour rejoindre les racines et se fondre avec la sève montante.
Je rentrais dans un monde invisible, personne ne me croirait.
Je fus pris de vertige, je n’étais plus qu’une forme de liquide
Montant jusqu’au plus haut sommet de l’arbre.
J’eus une vision du monde l’espace un instant.
Je ne me souviens pas plus loin, sinon qu’une intense douleur
Me terrassa et puis… L’arbre s’adressa de nouveau à moi.

Dis-moi, quand reviens-tu nous jouer quelques notes de musique.
Tu es bien déjà venu n’est-ce pas ?

Oui, c’est vrai, tu as raison, je suis déjà venu.
Le calme de ce petit bois m’avait inspiré.
Je répondais au chant des oiseaux, j’imaginais qu’ils m’entendaient
Mais ce n’est pas possible bien sûr. Il y avait aussi le ruisseau.

Bien sûr que c’est possible, qu’est-ce que tu crois,
Les oiseaux, les arbres, les insectes.
On a senti des vibrations, elles nous ont donné beaucoup de bonheur.
Promets-tu de revenir ? On a le temps tu sais.

Mon corps sous forme de liquide redescendit
le long des veines de l’arbre, emprunta
Le chemin inverse et reprit sa forme humaine.
Je ne pourrais même pas raconter ce qui m’étais arrivé,
Personne ne me croirait, on me prendrait pour un fou,
Au mieux pour un illuminé, un original, un marginal.
Après tout, je suis un peu habitué.

Je repris le chemin de la maison, je croisais un randonneur
Sur le retour, il me demanda s’il y avait bien un petit bois.
Oui, un peu plus bas. Surtout ne vous asseyez pas trop longtemps
Au pied d’un arbre. Il ne me comprit pas.
Il partit en ricanant.

Quelque chose dans mon esprit s’effaça.
L’arbre m’avait laissé rentrer dans son histoire
Juste un court moment mais pas plus.

Une fois à la maison je me dis que ce serait bien
De venir un jour jouer quelques notes musique,
Cet endroit devait être source d’inspiration.
Et si par magie, la nature pouvait entendre la musique ?
J’aurais eu moins mon public pour une fois.

Pascal Jaugeon, jeudi 9 avril 2020.