la folle du village par Pascal Jaugeon

Elle penchait vraiment      
la tête sur le côté,      
on la prenait pour une folle.    
En fait elle avait trop de douceur.      
Ses yeux pétillaient, sa bouche   
d’un large sourire s’égayait. .
En fait elle contenait trop de candeur.

Elle vous regardait passer    
avec une telle intensité     
que vous en étiez gêné.     

Lorsqu’elle traversait le village,    
c’était toujours d’un pas léger et joyeux. 
En fait, elle étouffait de bonheur.   
        
En rentrant de l’école sur le chemin   
les enfants s’écriaient :      
« c’est la folle  c’est la folle »    
De sa poche elle sortait des bonbons,  
dans sa tête tourbillonnait
une immense compassion.

Ses cheveux étaient blancs 
Et son âge inconnu,
Elle ne parlait pas
Mais souriait tout le temps.

Les grandes personnes 
Derrière son dos plaisantaient.
« Qu’importe » pensait-elle,
« ils ne sont pas méchants »

Sa maison se situait
à la sortie du village, 
juste après le calvaire.

Les murs étaient bleus,
les volets peints en blanc.
En lettres d’or sur la porte
son prénom.

Un jour le géomètre est venu,
Elle de ne se douta de rien
Et du bout des doigts
Lui offrit un verre de vin.

1991