Promenade dans les Monts d’Arrée par Pascal Jaugeon

Toi qui aimes tant les monts d’Arrée
laisse ton esprit vagabonder et se perdre
le long des chemins tortueux envahis d’herbes folles.

Va de ton pas allègre sans trébucher sur les racines
 traîtres et folles, vers les rochers hauts et fiers
qui dominent la plaine comme pour mieux la protéger.

Parle leur doucement. Peut-être qu’autrefois,
il y a longtemps, très longtemps, eux aussi
pouvaient marcher et courir, chanter et danser.
Ta voix chaude leur fera du bien, 
Entendras tu leurs chansons ?

Ecoute le bruit du vent dans les buissons secs
couchés par le vent. Ils te racontent l’histoire
de ce pays fait d’hommes et de femmes fiers
et robustes, à l’image de ces rocs que tu caresses,
chevelure dans le vent.

Ils te murmurent leurs secrets car ils savent
que tu es la seule à pouvoir les comprendre,
ils sentent bien que tu communiques avec eux.

Essuie de ton plus beau mouchoir brodé,
les larmes salées qui suintent de leurs flancs
de granite à demi éclairés par la lune voilée,
leur complice de toujours.

Après cette longue et intime promenade avec le temps,
dans le vent et parfois la pluie glacée,
rentre chez toi. Reste dans le silence de la nuit
qui dehors tombe fragile mais résolue.

Dans la tiédeur de ton foyer qu’un feu de cheminée
réchauffe si bien, attends et écoute encore.

Les rochers, les buissons secs et les chemins tortueux,
te parlent encore. Ils te reprochent d’être un peu vite repartie,
leur histoire n’était pas complètement finie. Ils veulent
te délivrer leurs derniers secrets, ceux-là même que beaucoup
d’autres n’ont pas entendus, n’ont pas su écouter.

La campagne bretonne continue de te chuchoter 
des mots que toi seule peut maintenant saisir.
Elle t’invite avec elle pour une nuit reposante,
et veut t’offrir un dernier parfum pour te lier à elle.
Elle cherche à t’emmener à nouveau sur ses chemins.
Elle sait maintenant qu’elle réussira, tu lui as donné
la clef qui ouvre si bien ton cœur. 

Rassurée, elle va s’endormir avec toi, 
vous frémirez ensemble une fois encore. 
Ne t’inquiète pas, elle veillera sur ton sommeil.

Février 2004 
Texte dédié à Emilienne Kerhoas